Le crédit au secteur privé tanzanien a bondi de 28,1 % sur un an. Le commerce, les transports, l’agriculture et la construction en captent l’essentiel. Mais l’industrie manufacturière reste à l’écart, avec un recul de 8,5 % de son encours. Cette divergence interroge sur la solidité du modèle de croissance.
L’essor du crédit profite aux services et aux mines
Les banques tanzaniennes ont accéléré leurs prêts depuis 2025. La Banque de Tanzanie recense une progression de 28,1 % en glissement annuel. Les secteurs les plus dynamiques sont le commerce, les transports, l’agriculture et la construction. Les mines affichent même une envolée de 103,9 % des financements bancaires.
Cette manne de crédit soutient la consommation et les échanges. Elle profite aussi aux importations de biens d’équipement. L’or, dont les cours restent élevés, attire les investisseurs. La Banque mondiale estime ainsi que la croissance du PIB a atteint 5,8 % au premier semestre 2025.
Les moteurs du financement bancaire
Plusieurs facteurs expliquent cet essor. La politique monétaire accommodante de la Banque de Tanzanie a réduit le coût du crédit. Les réserves de change confortables rassurent les prêteurs. Enfin, les banques disposent de liquidités abondantes, car la collecte progresse plus vite que les dossiers solvables.
- 💰 Le commerce capte une part majeure des nouveaux prêts, tiré par les importations et la distribution.
- 🚛 Les transports bénéficient de la modernisation des corridors logistiques vers les pays voisins.
- 🌾 L’agriculture reçoit des financements saisonniers pour la transformation et l’exportation.
- 🏗️ La construction profite des grands projets d’infrastructures publiques et privées.
- ⛏️ Les mines, surtout l’or, concentrent des hausses de crédit spectaculaires.
Ce dynamisme masque une fragilité. Le secteur manufacturier, lui, ne reçoit que 0,9 % de crédit supplémentaire. Autrement dit, les banques financent davantage la circulation des biens que leur production locale.
Le ralentissement industriel inquiète les observateurs
L’industrie manufacturière tanzanienne patine. Son encours de crédit recule de 8,5 % sur un an. Les usines peinent à obtenir des financements pour moderniser leurs équipements. Le tissu industriel reste dominé par des PME familiales, souvent peu capitalisées.
Ce ralentissement n’est pas nouveau. Depuis 2020, la part de l’industrie dans le PIB stagne autour de 8 %. Les coûts de l’énergie et la concurrence des importations asiatiques pèsent sur la compétitivité. Les banques jugent ces projets trop risqués, faute de garanties solides.
Pourquoi les banques délaissent l’industrie
Le manque de transparence comptable freine l’analyse des risques. Les entreprises manufacturières peinent à fournir des documents fiables. Les délais de paiement des donneurs d’ordre publics allongent les besoins en fonds de roulement. Résultat : les prêteurs préfèrent les secteurs à rotation rapide, comme le commerce ou les mines.
Le FMI a toutefois validé un décaissement de 448,4 millions de dollars en 2026. Cette enveloppe vise à soutenir les réformes structurelles, notamment dans l’énergie et la justice commerciale. Un signal positif pour le développement industriel, mais les effets prendront du temps.
Entre croissance immédiate et transformation durable
La Tanzanie doit arbitrer entre deux trajectoires. La première, immédiate, repose sur les mines et les services. Elle génère des revenus rapides, mais crée peu d’emplois stables. La seconde, plus lente, exige de réorienter le crédit vers l’industrie et l’agriculture transformatrice.
Les autorités monétaires tablent sur une croissance du crédit supérieure à 20 % en 2026. Une partie de ces financements devrait irriguer les zones rurales. Le développement de la banque mobile, avec des services comme M-Pesa, élargit l’accès au crédit pour les petits entrepreneurs.
Les conditions d’un rééquilibrage réussi
Le pays doit renforcer ses infrastructures électriques. Les coupures fréquentes dissuadent les industriels. La formation technique des jeunes constitue un autre chantier prioritaire. Enfin, la mise en place d’un registre des garanties mobilières faciliterait le financement des équipements.
Le contraste entre l’essor du crédit et le ralentissement industriel illustre un défi plus large. La finance tanzanienne soutient la consommation, mais peine à bâtir une base productive durable. L’enjeu pour 2026 sera de transformer ces liquidités abondantes en investissements de long terme. Car sans industrie forte, la croissance reste tributaire des cours de l’or et des aléas climatiques.

Rédactrice en chef indépendante, ex-presse économique, passionnée d’immobilier et de finance personnelle.